Dévoiler son orientation sexuelle consiste rarement en une seule conversation. Voici comment les parents peuvent favoriser un milieu serein et faire preuve d’une ouverture d’esprit et d’une présence qui perdurent bien au-delà de la première conversation.
Un silence bien particulier s’installe lorsqu’un enfant s’apprête à révéler quelque chose qu’il porte en lui depuis longtemps. La plupart des parents le ressentent avant même de le comprendre. Dans cet instant, l’instinct est souvent de chercher les bons mots, la réponse parfaite, la version de soi-même qui saura dire exactement ce que son enfant a besoin d’entendre.
Et si vous n’aviez pas à trouver les bons mots? En réalité, c’est votre présence qui compte le plus.
Dévoiler son orientation sexuelle, ou faire son « coming-out », est le geste le plus personnel qu’un jeune puisse offrir à ceux qu’il aime. Ce qui se passe ensuite, qu’il s’agisse de bienveillance, de curiosité, d’une volonté d’écouter, est beaucoup plus important que la première conversation. C’est ce qui influence le sentiment de sécurité que votre enfant ressentira lorsqu’il reviendra vers vous, encore et encore, pour le reste de sa vie.
Réagir avec soutien aide l’enfant à traverser le moment. Faire preuve d’ouverture d’esprit l’aide à se sentir compris et accepté bien avant d’avoir à se dévoiler.
Ce qu’une experte de LifeSpeak tient à communiquer aux parents
La Dre Danna Bodenheimer, travailleuse sociale clinique agréée (LCSW) et titulaire d’un doctorat en travail social (DSW), est fondatrice et directrice du Walnut Psychotherapy Center. Auteure publiée dans le domaine de l’intervention relationnelle, elle accompagne depuis plus de quinze ans des personnes et des familles dans leur parcours de coming-out. Sa ressource LifeSpeak, intitulée Comment les parents peuvent favoriser un espace sûr pour un « coming-out », est un excellent point de départ.
Selon elle, un élément essentiel mérite d’être souligné : dévoiler son orientation sexuelle consiste rarement en une seule conversation. Il s’agit plutôt d’un processus continu, non linéaire, influencé par les réactions que reçoit l’enfant tout au long de son parcours.
Le coming-out n’est pas un événement ponctuel
La culture populaire a longtemps présenté le coming-out comme un grand moment de vérité vécu publiquement. On pense à Ellen DeGeneres en couverture du magazine Time en 1997 ou, plus récemment, aux athlètes, artistes et personnalités publiques qui annoncent leur identité dans une grande publication sur les réseaux sociaux. Si ces moments sont marquants, ils ne représentent souvent que la partie visible d’un cheminement beaucoup plus long et discret.
En réalité, le coming-out se déploie souvent sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Le vocabulaire lié à l’identité s’est également enrichi. Les jeunes peuvent s’identifier comme queers, transgenres, non binaires, gais, lesbiennes, bisexuels, pansexuels, asexuels ou utiliser des termes qui continuent d’évoluer.
Une autre raison explique pourquoi ce dévoilement ne se produit pas qu’une seule fois. Lorsqu’une identité n’est pas immédiatement visible aux yeux des autres (orientation sexuelle, identité de genre, ou les deux), la personne doit souvent choisir si elle souhaite se dévoiler à nouveau dans différents contextes : un nouvel emploi, un nouveau médecin, une nouvelle amitié ou un nouveau membre de la famille. Chacune de ces situations peut devenir un nouveau moment où évaluer soigneusement la sécurité et la confiance accordée à l’autre. Pour les jeunes en particulier, savoir qu’il existe au moins un endroit où ils n’ont pas à se soucier de leur sécurité (soit leur domicile familial) peut tout changer.
Pour les parents, cela signifie également que la première conversation ne sera pas la dernière. Les mots employés peuvent évoluer. Le niveau de certitude peut changer. Rien de tout cela ne rend l’identité de votre enfant moins réelle. Comme le souligne la Dre Bodenheimer, garder ses pensées et ses sentiments pour soi peut créer beaucoup de confusion, et la clarté émerge souvent lorsque l’on commence à s’exprimer verbalement.
« Garder les choses à l’intérieur de soi peut créer une énorme confusion et, une fois que quelqu’un commence à parler et à s’ouvrir, les idées et les sentiments peuvent changer. Cela ne veut pas dire que ce qu’une personne a révélé n’est pas ce qu’elle est ou qui elle est. »
Six façons de créer un espace sécuritaire pour permettre à votre enfant de faire son coming-out
La Dre Bodenheimer propose six pratiques concrètes sur lesquelles les parents peuvent compter. Aucune ne nécessite de savoir exactement quoi dire. Toutes demandent simplement d’être présentes.
- Évitez de centrer la conversation sur vous-même. Les craintes parentales, même si elles sont motivées par l’amour, peuvent prendre toute la place et détourner l’attention de l’enfant qui prend le risque de se montrer vulnérable. La personne la plus vulnérable dans cette conversation est celle qui dévoile son orientation sexuelle; son expérience doit donc demeurer au centre des échanges.
- Rappelez-vous que le processus n’est pas linéaire. Un enfant qui a gardé quelque chose pour lui pendant des années peut ressentir un immense soulagement après l’avoir exprimé. Un autre peut éprouver davantage d’incertitude une fois les mots prononcés. Les deux réactions sont normales. L’identité se clarifie souvent en étant exprimée, et cela demande du temps.
- Évitez d’exprimer vos inquiétudes quant à son avenir. Le désir de protéger peut parfois se traduire par de l’inquiétude, mais cette inquiétude peut être perçue comme un rejet. Les risques pour la santé mentale associés au fait de cacher son identité sont bien documentés et souvent plus importants que les risques sociaux liés au fait de vivre ouvertement son identité. Une approche plus constructive consiste à contribuer à rendre le monde plus accueillant pour votre enfant plutôt que de lui demander de s’adapter à un environnement qui ne l’est pas.
- Ouvrez la porte à la conversation avant qu’elle soit nécessaire. Les familles qui parlent ouvertement d’identité, de relations et de diversité avant même qu’un enfant ait besoin de dévoiler quoi que ce soit réduisent la pression associée à ce moment. Une simple phrase comme : « Si jamais tu as envie de me parler de qui tu aimes, je suis là pour t’écouter » peut complètement changer le climat de confiance avant même d’entamer la question.
- Renseignez-vous quant aux termes à employer. Dévoiler son orientation sexuelle ne se résume pas à une seule étiquette fixe. Une jeune fille qui dit être attirée par les filles n’est pas nécessairement en train de se définir comme lesbienne. Demandez-lui les mots qui lui semblent les plus justes, et faites-lui savoir que vous comprenez que ces mots pourraient évoluer. Respecter son rythme et son choix de vocabulaire est une façon importante de lui témoigner votre soutien.
- Considérez ce dévoilement comme un privilège. Peu de gens oublient les premières réactions qu’ils reçoivent lorsqu’ils font leur coming-out. La bienveillance, la curiosité et la volonté de reconnaître que votre enfant est l’expert de sa propre expérience peuvent laisser une empreinte positive pour toute la vie. L’inverse est également vrai. Bien réagir n’est pas aussi compliqué qu’on pourrait le croire; il s’agit surtout de rester présent.
Pourquoi la présence compte-t-elle davantage que la perfection?
La Dre Bodenheimer insiste sur un point souvent sous-estimé : cacher son identité comporte de véritables risques pour la santé mentale. Le poids du secret est souvent plus lourd que les défis sociaux liés au fait d’être ouvertement soi-même. Pour les parents, cela change complètement la perspective. Le but n’est pas de protéger un enfant de son identité. Le véritable travail consiste à s’assurer qu’il n’ait jamais l’impression de devoir porter ce poids seul.
Le placard n’est pas un endroit sécuritaire. C’est un lieu où le bien-être psychologique peut silencieusement s’éroder.
Peu de gens oublient les premières réactions qu’ils reçoivent lorsqu’ils font leur coming-out. La bienveillance, la curiosité et la volonté de continuer à écouter restent gravées dans la mémoire. L’inverse est également vrai. La bonne nouvelle, c’est que « bien » réagir n’est pas aussi compliqué qu’on pourrait le croire; il s’agit surtout de rester présent.
Plus de soutien d’experts sur LifeSpeak
Les experts de LifeSpeak abordent des sujets liés à l’identité, au bien-être familial, à la santé mentale ainsi qu’aux réalités quotidiennes d’être parent d’un enfant qui fait partie de la communauté 2SLGBTQIA+. Si ce sujet vous interpelle, voici quelques ressources à explorer :
- Les défis de la parentalité 2SLGBTQIA+ : l’école, les sports et les soins médicaux (guide)
- Soutenir l’identité 2SLGBTQIA+ de votre enfant (rediffusion de webinaire)
- La santé mentale des communautés 2SLGTBQIA+ (guide)
- Soutenir la santé et le bien-être sexuels des jeunes en situation de handicap (rediffusion de webinaire)
- Notions de base en matière d’intimidation et de cyberintimidation (rediffusion de webinaire)
Il ne s’agit que d’un aperçu du contenu 2SLGBTQIA+ offert dans les solutions de LifeSpeak sur la santé mentale et la parentalité et l’aide naturelle. Nous nous engageons également à ce que les experts qui dirigent le contenu reflètent les communautés qu’ils servent, notamment par la présence de voix de la communauté 2SLGBTQIA+ dans l’ensemble de nos parcours de mieux-être.
Pour les employeurs et les responsables des ressources humaines qui visent la création de milieux de travail plus inclusifs, David Brandon Flynn partage son expertise dans Bâtir une culture de travail inclusive : célébrons le Mois de la fierté.
Ces conversations font partie de la réalité que plusieurs employés portent avec eux chaque jour. LifeSpeak aide les employeurs à soutenir leurs employés et leur famille grâce à des ressources dirigées par des experts, adaptées à toutes les étapes de la vie. Découvrez nos parcours de mieux-être sur la parentalité et l’aide naturelle et sur la santé mentale, ou consultez notre gamme complète de solutions.
Foire aux questions
Comment puis-je créer un milieu sécuritaire pour que mon enfant me parle de son orientation sexuelle?
Le plus important est de mettre l’accent sur ce que vit votre enfant plutôt que sur votre propre réaction. Écoutez-le avant de répondre, demandez-lui les termes qu’il préfère, et montrez-lui que vous êtes ouvert à poursuivre la conversation de façon continue. Parler naturellement d’identité et de relations dans la vie quotidienne avant qu’un coming-out ne soit nécessaire peut également alléger ce moment lorsqu’il survient.
Que devrais-je éviter de dire lorsque mon enfant fait son coming-out?
Évitez d’exprimer vos inquiétudes quant à son avenir, même si elles sont motivées par l’amour. Évitez aussi de présumer que les mots qu’il utilise aujourd’hui seront les mêmes dans un an. Enfin, ne considérez pas cette première discussion comme un événement unique, mais plutôt comme une conversation qui se poursuivra au fil du temps.
Le coming-out consiste-t-il en une seule conversation?
Non. Dévoiler son orientation sexuelle est un processus non linéaire qui peut s’échelonner sur plusieurs mois ou plusieurs années. Le vocabulaire utilisé peut évoluer, le sentiment de certitude peut changer et de nouvelles conversations surgiront à mesure que l’enfant grandit. Pour les personnes dont l’identité n’est pas immédiatement visible, le coming-out peut également se répéter dans différents contextes (nouvel emploi, nouveau médecin, nouvelle relation) tout au long de la vie.
Que faire si je ne comprends pas tous les termes que mon enfant utilise?
C’est tout à fait normal. Il vaut mieux poser des questions que faire des suppositions. Demandez à votre enfant quels mots lui semblent les plus appropriés et faites-lui savoir que vous êtes prêt à apprendre. Votre ouverture à comprendre est ce qui compte le plus.
Où puis-je trouver davantage de ressources sur la parentalité d’un enfant faisant partie de la communauté 2SLGBTQIA+?
LifeSpeak propose une vaste gamme de guides et de webinaires dirigés par des experts portant sur l’identité, la santé mentale, l’intimidation et les dynamiques familiales. L’article de la Dre Danna Bodenheimer constitue un excellent point de départ, et plusieurs autres experts de LifeSpeak abordent divers aspects de la parentalité.
Quel est le lien entre le soutien à l’identité de mon enfant et son bien-être psychologique?
Les deux sont profondément liés. Les enfants qui se sentent acceptés à la maison rapportent généralement un meilleur bien-être psychologique et un plus grand sentiment d’appartenance. Le soutien constant des parents est l’un des facteurs de protection les plus importants dans la vie d’un jeune.